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Pourquoi les Malaisiens disent-ils toujours "Yes, Boss" ?                                              English Version

 

Le respect de la hiérarchie est partout présent en Malaisie: Des escortes de police dans les rues au traitement de faveur réservé aux VIP lors de cérémonies officielles (Les observateurs auront même remarqué des signes VVIP à Kuala Lumpur) en passant par les nombreux titres honorifiques à respecter scrupuleusement: Dato, Tan Sri, Tun,...

Certains expatriés habitués à une structure sociale plus égalitaire ont du mal à accepter cette déférence et l'interprètent comme un signe de soumission. Ils continuent à demander à leurs subordonnés de les appeler par leur prénom, et obtiennent souvent la réponse "Yes Boss !". Il est en réalité sans doute aussi difficile pour un Malaisien d’appeler son patron par son prénom, qu’il l’est pour le manager étranger de s’entendre appeler "Boss" !

 

Une des sociétés les plus hiérarchisées

Dans une étude menée il y a 30 ans par le psychologue néerlandais Hosftede sur les dimensions culturelles, la Malaisie ressortait comme la société la plus hiérarchisée au monde. Au sein de cette nation musulmane, savoir se situer dans la société semble être essentiel : "Une place pour chacun et chacun à sa place". Mais d’où provient cette obsession pour l’ordre?

La Malaisie dispose traditionnellement d’une société féodale très hiérarchisée qui oppose les Sultans au Rakyat (le peuple). Encore aujourd’hui, le terme Rakyat est régulièrement utilisé - souvent par opposition à l'élite ou la royauté.

De même, dans une famille chinoise, les rôles sont très clairement définis. En son sein, il est impensable d’imaginer deux membres d'une famille porter la même “appellation”. La façon par laquelle une personne s’adresse à une autre annonce sans ambiguïté la position de chacun au sein de la famille. Le système de clan contribue également à une société organisée et hiérarchisée.

Les traditions malaisiennes évoluent rapidement. Pourtant, encore aujourd’hui, ces comportements sont profondément ancrés dans l’esprit des Malaisiens, touts ethnicités, âges ou sexes confondus. Si les plus jeunes réclament égalité et méritocratie et semblent s’élever contre la favoritisme, ces demandes ne vont pas forcément de pair avec la disparition d'une forme de respect envers 'l'âge et le statut social.

 

La hiérarchie au quotidien

Lors d'une première rencontre, il est recommandé de bien prendre le temps de lire la carte de visite tendue par un interlocuteur. Le précieux rectangle permet en effet de repérer les informations essentielles (notamment les titres) aux règles de politesse. En tête a tête, certains Malaisiens vous dispenseront de l’usage de titres... Restez cependant vigilants. L’arrivée d’une tierce personne dans la conversation pourra signifier un retour au protocole.

"Saya Makan Garam Lebih dulu" (j'ai goûté le sel avant vous) est un proverbe malais qui met en avant le respect des aînés. Un autre dicton malaisien rappelle aussi ce devoir: "Vous pouvez être en désaccord avec vos parents une fois, maiss'ils n'acceptent pas votre point de vue, il vaut mieux l'oublier."

Les deux traits d’esprit dispensent le même message. Mieux vaut ne pas être en désaccord avec ses parents puisque leur âge leur confère la clairvoyance de l'expérience. Les Malaisiens considèrent qu’il est sage de suivre les conseils des aînés et imprudent d’aller à l’encontre de leur opinion. Faire preuve de respect et éviter les désaccords avec les personnes âgées, les parents, les enseignants et les supérieurs sont autant de signes d’une bonne éducation.

 

En Malaisie, il n’est pas rare que les jeunes appellent les amis proches de la famille “Uncle” (oncle) et “Auntie” (tante). Ces formules, souvent caricaturées, sont en réalité un signe de politesse et de respect pour les personnes plus âgées. Aussi, ne vous offensez pas si de jeunes enfants malaisiens utilisent ce biais pour s’adresser à vous. Vous faites désormais partie de la famille!

 

La hiérarchie au travail

Le respect et la politesse dont les Malaisiens font preuve au sein de la famille, se retrouvent également dans le monde du travail et notamment dans la relation au "patron".

En Malaisie, le manager est comparable à un père de famille omniscient. Il est donc très difficile pour les subordonnés de discuter d’égal à égal avec leur supérieur voire même d’apporter de nouvelles idées. De telles initiatives pourraient être perçues comme un manque de respect!

A l’image du père de famille, un leader doit savoir montrer le chemin, en donnant aux membres de l'équipe un sentiment de force et de confiance. Un chef hésitant sera moins apprécié qu'un chef avec une poigne de fer (pour autant qu’il soit magnanime). Le leader est également censé avoir réponse à tout et se doit de prendre toutes les décisions. (Le défi est alors de vérifier auprès de toutes les parties prenantes, d'une manière subtile, qu'elles sont en accord avec la décision, avant même que celle-ci soit annoncée!).

Cependant, respect et discipline ne sont pas davantage qu’en Europe des automatismes. Pour être respecté, un patron se doit d’être compétent, d’avoir de l’expérience et surtout d’être bienveillant. La différence entre un bon patron et un patron exceptionnel résidera dans la gestion des liens avec subordonnés. En Malaisie, plus qu’ailleurs, il est considéré comme essentiel d'établir des relations sincères et personnelles avec tous les membres de l'équipe.

Vous seriez surement surpris de connaître la liste des qualités que les Malaisiens souhaiteraient davantage trouver chez leurs collègues expatriés:

  • Plus de respect pour la hiérarchie
  • Plus de bienveillance
  • Plus de sincérité ("Speak from the heart" parler avec le cœur)

De telles demandes peuvent sembler étranges et hors de propos pour un expatrié occidental. Pourtant, en Malaisie, la sincérité dans les relations professionnelles comme le le maintien de l'intimité des liens au sein de l’équipe figurent parmi les attentes les plus fortes envers un leader. Faire preuve d’autorité doit aller de pair avec une bienveillance et un intérêt personnel réel envers ses collègues.

 

Pour s'adapter et travailler efficacement au sein d'une société très hiérarchisée, il est donc essentiel de déterminer sa place dan sa vie personnelle comme dans son entreprise. L’opération peut se révéler difficile pour un étranger, surtout lorsque celui-ci est issu d'un milieu culturel égalitaire. La meilleure approche sera sans doute de rester humble tout en acceptant les manifestations de respect dont peuvent faire preuve des collègues malaisiens. Et surtout de ne pas oublier de montrer en retour la même déférence!

 

First published in Le Petit Journal on 18 juillet 2013

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Yes boss! by Marie Christine Tseng is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License.